Comment le jeûne amplifie les bienfaits d’un massage profond ?

Par Javi Molero – BioTouch Method®

Depuis près de 10 ans, le jeûne fait partie intégrante de ma vie. Que ce soit des périodes courtes ou des phases plus longues, notamment lors des changements de saison, j’ai eu l’occasion d’explorer les bienfaits de cette pratique ancestrale. Et en tant que praticien manuel, cette expérience personnelle m’a beaucoup appris sur la façon dont le corps reçoit un massage.

Au fil des années, en explorant différentes traditions corporelles, j’ai constaté que cette idée n’était pas nouvelle. Elle traverse des cultures thérapeutiques très différentes.

Dans l’Ayurveda par exemple, tout tourne autour d’Agni, le feu digestif. Lorsque la digestion est en cours, l’énergie vitale se concentre dans l’abdomen pour transformer la nourriture. C’est pour cette raison que de nombreux soins corporels, comme l’Abhyanga, sont traditionnellement réalisés à jeun ou plusieurs heures après un repas. Les textes classiques expliquent que lorsque la digestion est terminée, les srotas, les canaux corporels, deviennent plus ouverts et permettent au prāṇa de circuler plus librement.

La tradition du yoga transmet la même intuition. La plupart des pratiques physiques et respiratoires sont réalisées à jeun. Les yogis observent depuis longtemps que la respiration devient plus profonde et que la perception du corps devient plus subtile lorsque l’estomac est vide.

La médecine chinoise exprime cette idée avec un autre langage. Elle explique que la digestion mobilise le Qi de la Rate et de l’Estomac. Lorsque ce système est très actif, l’énergie circule moins librement dans les méridiens périphériques. Même dans des pratiques très physiques comme le Nuad Boran thaïlandais, il est recommandé d’attendre plusieurs heures après un repas avant de recevoir une séance.

Ces traditions n’utilisent pas forcément le mot « jeûne ». Pourtant elles convergent toutes vers la même observation : le corps fonctionne différemment lorsqu’il n’est plus occupé à digérer.

J’ai souvent remarqué que deux personnes peuvent recevoir exactement le même soin, avec les mêmes gestes, la même pression, la même durée… et pourtant leur corps ne réagit pas du tout de la même manière. Chez certaines, les tissus répondent rapidement, la respiration se libère, les fascias deviennent mobiles. Chez d’autres, le corps résiste davantage, les tissus restent plus fermes, la respiration reste haute.

Avec le temps, j’ai compris que cette différence vient souvent de l’état interne du corps au moment de recevoir le soin. Lorsque je suis moi-même en phase de jeûne, je remarque que mes propres tissus deviennent plus sensibles, ma respiration s’approfondit et ma perception corporelle devient beaucoup plus fine. C’est comme si le corps se « préparait » à recevoir un travail manuel plus en profondeur.

La digestion mobilise une grande partie de l’énergie physiologique vers l’intérieur du corps. Après un repas, le système parasympathique s’active fortement pour se concentrer sur la transformation des aliments. Dans cet état, les tissus périphériques sont souvent moins disponibles. Mais lorsque la digestion est terminée, ou lorsque l’on arrive dans un état digestif plus léger grâce au jeûne, l’organisation du corps change. La respiration devient plus ample, la mobilité abdominale se libère et les tissus répondent alors beaucoup plus facilement aux sollicitations du praticien.

C’est exactement ce que je constate dans ma pratique avec la BioTouch Method®. Lorsque le corps est en pleine digestion, certaines zones restent souvent fermées, en particulier autour du diaphragme, du plexus solaire ou du bassin. Mais quand la digestion est plus calme, la qualité du travail change complètement. Les tissus deviennent plus réceptifs et il devient possible d’aller plus loin dans le massage de la chaîne postérieure, de la mobilité lombaire, de la respiration diaphragmatique ou des zones de surcharge nerveuse.

Il n’est pas nécessaire de pratiquer des jeûnes longs pour ressentir ces effets. Même une simple fenêtre digestive de 3-4 heures peut faire toute la différence. L’essentiel est de laisser le corps arriver léger et disponible pour recevoir le soin.

Et ce principe ne concerne pas seulement la personne qui reçoit le massage, mais aussi le praticien lui-même. Un corps constamment saturé ou fatigué perçoit moins bien les tissus. C’est pour cette raison que de nombreuses traditions anciennes évoquent l’importance d’une certaine hygiène de vie pour le thérapeute : respiration régulière, alimentation simple, moments de silence ou de méditation, et parfois des périodes de jeûne.

Avec l’expérience, j’ai compris que certaines choses très simples transforment profondément la qualité d’un soin. Le corps fonctionne par cycles naturels, et lorsque ces cycles sont respectés, le travail corporel devient beaucoup plus fluide. Parfois, la meilleure préparation pour un massage profond n’est pas une technique supplémentaire, c’est simplement de laisser le corps arriver léger.

Bibliographie

  • Ayurveda, Caraka. Caraka Saṃhitā. Sutrasthana Vāgbhaṭa. Aṣṭāṅga Hṛdayam
  • Yoga Haṭha Yoga Pradīpikā, Gheraṇḍa Saṃhitā
  • Robert Schleip, R., Findley, T., Chaitow, L., & Huijing, P. (2012). Fascia: The Tensional Network of the Human Body.

Inspiration du jour

« Lorsque le corps n’est plus occupé à digérer, l’attention physiologique se libère.
La respiration s’approfondit, les tissus deviennent plus réceptifs et le dialogue avec le système nerveux devient plus clair. »

BioTouch Journal

Javi Molero

Javi Molero

Fondateur de la BioTouch Method®. Massage intégratif, fascia, respiration et massage postural à Bordeaux Bastide. Approche globale corps & souffle.

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