Connaissez-vous la Neuroplasticité ?

Par Javi Molero – BioTouch Method®

Une expérience réelle du dialogue entre le fascia, la respiration et le système nerveux

Il y a peu, j’ai eu une cliente entre mes mains qui souffre d’hémiparésie, une diminution de la motricité d’un côté de son corps. Lorsque je préparais la séance, quelques jours avant, je me demandais si la thérapie manuelle, dans ce type de cas, devait être adaptée d’une manière différente.
Karla — j’utilise ce nom fictif pour parler d’elle — avait besoin d’une reconnexion avec ce côté que l’on pourrait dire endormi. Il est important de comprendre la personne, sa difficulté motrice, mais aussi la capacité réelle dans laquelle je peux l’aider, et ce qui relève de mon champ professionnel.
Le massage, dans un cas comme celui-ci, ne pouvait pas se limiter uniquement au système fascial. Je savais que je devais rappeler à Karla que son corps, dans sa globalité, pouvait encore se sentir bien. Avec mes mains, avec la pression, et surtout avec le rythme.
J’insiste sur le rythme et sur la répétition, car dans des cas comme celui de Karla, la mémoire du cerveau agit comme un axe. Le cerveau se souvient du mouvement, du bien-être, de la sécurité, de la confiance. Et cela conduit, on pourrait dire, à une libération momentanée du tonus musculaire et fascial.
Je sais que le fascia ne peut pas être modifié directement par mes mains. Mais je sais aussi que ma cliente avait besoin de recevoir un input, une expérience, une possibilité où la tension, la douleur et le blocage pouvaient disparaître, ne serait-ce qu’un instant.
Et c’est là que je me pose la question : pourquoi ne pas maintenir cette sensation plus souvent ?
Avec Karla, ce moment est apparu. Il était bref, presque fragile, mais il était là. Sous mes mains, son côté qui semblait endormi a cessé de résister de la même manière. Ce n’est pas qu’elle avait soudainement retrouvé le mouvement, mais son corps acceptait, pour un instant, quelque chose de différent. Le poids changeait. La respiration trouvait plus d’espace. Comme si le système nerveux avait cessé de se protéger pendant quelques secondes.
Ce moment est celui que je reconnais aujourd’hui immédiatement. C’est cela, la neuroplasticité : la capacité du cerveau à changer à partir de l’expérience.
Ce n’est pas visible de l’extérieur. Mais sous mes mains, c’est évident. Le corps n’essaie plus de se soutenir contre lui-même. Il commence à accepter son propre poids.
Sur le futon, la relation à la gravité devient réelle. Avant, il y a toujours une forme de retenue, comme si le système ne faisait pas totalement confiance au sol. Puis la respiration change. Non pas parce que je demande de respirer, mais parce que quelque chose dans le système nerveux n’a plus besoin de se protéger autant.
Avec le temps, j’ai compris que lorsque les séances sont rapprochées, le système se souvient plus vite. Avec Karla aussi, cela s’est produit. Le contact ne commençait plus de zéro. C’était comme reprendre une conversation interrompue. Le tissu n’est pas seulement plus souple. Il est plus disponible. Comme si le cerveau avait intégré que cet état est possible, même pour un instant.
Je crois que le fascia est l’un des accès les plus directs à ce dialogue. Non pas parce qu’il est mécanique, mais parce qu’il est sensoriel. Robert Schleip l’explique très bien. Lors d’une formation que j’ai suivie avec lui sur le fascia et la lombalgie, il parlait de la manière dont ce tissu est profondément lié au système nerveux. Que la douleur n’est pas seulement une question de structure, mais aussi de perception.
Quand j’ai entendu cela, j’ai immédiatement pensé à Karla. À cet instant où son corps avait trouvé une autre possibilité sans que rien n’ait été forcé.
Évidemment, ma méthode BioTouch utilise la respiration comme support. Elle est toujours présente. C’est mon point d’équilibre entre le volontaire et l’involontaire, et c’est ce qui m’aide profondément à me connecter avec ma cliente.
Je le connais aussi à travers ma pratique quotidienne de Śīrṣāsana. Être sur la tête change complètement les repères. Le système vestibulaire doit se réorganiser. La respiration devient le seul point stable. Si le souffle est instable, l’équilibre est impossible. Lorsque la respiration se calme, le corps s’organise presque seul.
Et lorsque je redescends, je sens que quelque chose est différent. Comme si le système nerveux avait recalibré sa relation à l’espace. Et je dois le dire : c’est la répétition qui permet de maintenir cette position et de progresser jour après jour. Il existe un équilibre entre le système vestibulaire, le système fascial et le système neurosensoriel. Les ajustements moteurs dans le squelette et les muscles apparaissent avec la pratique… mais cela en est la conséquence.
C’est cela, la neuroplasticité.
Sur le futon, c’est la même intelligence qui agit. Le corps retrouve des repères. Par exemple, les réflexes archaïques, ceux qui nous permettent de nous orienter dans la gravité dès la naissance, semblent se réorganiser. Le système n’a plus besoin de maintenir le même niveau de vigilance.
Je ne crois pas que mes mains changent le fascia physiquement. Mais je crois qu’elles offrent une expérience que le cerveau peut reconnaître. Et avec la répétition, cette expérience devient plus familière que la précédente. C’est ainsi que la sensation neurosensorielle du corps change.
Non pas parce qu’il a été corrigé, mais parce qu’il a appris une autre possibilité.
Mais la neuroplasticité, dans le massage, est un processus qui nécessite de la continuité, de la répétition, de la constance.
C’est probablement la chose la plus simple, et en même temps la plus difficile à expliquer.
Le système nerveux change lorsqu’il a le temps de faire confiance à ce qu’il ressent.
Le reste se fait presque seul.

Bibliografía

  • Schleip, R. (2003). Fascial plasticity – a new neurobiological explanation: Part 1. Journal of Bodywork and Movement Therapies, 7(1), 11–19. https://doi.org/10.1016/S1360-8592(02)00067-0
  • Schleip, R., Dey, M., & Reinié, N. (2026). Fascia et lombalgie. Formation organisée par le CFPCO — Centre de Formation Professionnelle Continue en Ostéopathie et Thérapies Manuelles, Paris, France, 20 janvier 2026.
    Formation suivie par l’auteur sur la relation entre fascia, douleur lombaire et système nerveux.
  • Kandel, E. R., Schwartz, J. H., & Jessell, T. M. (2013). Principles of Neural Science (5th ed.). New York: McGraw-Hill.
  • Ferré, P.-J., & Santamaria, I. (2026). Réflexes archaïques : intérêts cliniques de l’enfant à l’adulte. CFPCO — Centre de Formation Professionnelle Continue en Ostéopathie et Thérapies Manuelles, Paris, France, 17 février 2026.
    Formation suivie par l’auteur sur l’intégration des réflexes archaïques et leur rôle dans la régulation neuromotrice et posturale.

Inspiration du jour

« Le cerveau change physiquement, structurellement et fonctionnellement, en fonction de ce que vous faites de manière répétée. »

Michael Merzenich
Professeur émérite en neurosciences, University of California San Francisco
Auteur de : Soft-Wired : How the New Science of Brain Plasticity Can Change Your Life (2013), p. 14

Javi Molero

Javi Molero

Fondateur de la BioTouch Method®. Massage intégratif, fascia, respiration et massage postural à Bordeaux Bastide. Approche globale corps & souffle.

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