Cyclisme. Fascia. Kinetic Chain. 

Où commence vraiment votre douleur ?
Et si la réponse n’était pas dans votre dos…

Un regard de praticien corporel & Étude de Cas & Chaîne Cinétique

Par Javi Molero – BioTouch Method®

1. Tout commence sur la table

Quand Stéphane est arrivé pour sa séance, il est venu comme beaucoup de cyclistes viennent.
Des jambes puissantes, un entraînement discipliné, et un bas du dos qui ne parle qu’une fois sur le vélo.
Il m’a parlé d’une ancienne hernie L5–S1 datant de neuf ans, silencieuse dans sa vie quotidienne mais encore capable de se réveiller lors des longues sorties.
Pas une douleur vive, plutôt un murmure, une mémoire, quelque chose que son corps se souvient avant son esprit.

Dès qu’il s’est allongé, j’ai senti le schéma.

La tension autour du sacrum, la densité de l’iliaque, la façon dont le psoas refusait de se relâcher, ce léger tonus protecteur dans le fascia lombaire.
Son bassin portait cette petite rigidité subtile que je sens souvent chez les cyclistes.

Je commence toujours par le temps.
Je scanne le corps lentement, non pas de manière médicale mais perceptive : la peau, la chaleur, le souffle, le fascia, les micro-mouvements.
J’ai besoin de comprendre l’histoire avant de toucher en profondeur.

La plupart de mon travail avec des athlètes comme Stéphane se fait dans des séances longues de deux à trois heures.
Ce type de travail corporel a besoin de temps pour se déplier, écouter, et aller au cœur de l’histoire des tissus.

2. Ce que j’ai senti sous mes mains

Chez les cyclistes, tout le corps devient une seule structure.
Les jambes parlent au bassin, le bassin parle à la colonne, la colonne parle au diaphragme.

Chez Stéphane, j’ai retrouvé un schéma très fréquent :
fléchisseurs de hanche tendus, bassin légèrement figé en antéversion, fessiers présents mais pas pleinement disponibles, rotateurs profonds en compensation, fascia lombaire en vigilance.

Les cyclistes ne sentent pas cela dans leur vie quotidienne.
Ils le sentent seulement lorsque la force traverse la chaîne.

3. Pourquoi les cyclistes développent souvent des douleurs lombaires

Après avoir accompagné de nombreux cyclistes, j’ai réalisé que le bas du dos n’est presque jamais le début de l’histoire.
C’est son expression.

Le cyclisme modifie profondément la configuration du tronc :
la courbe lombaire change, souvent en s’aplatissant, parfois en s’accentuant selon la posture et les réglages du vélo.
Le bassin bascule vers l’avant, les fléchisseurs de hanche se raccourcissent, le diaphragme s’adapte, et le fascia thoraco-lombaire devient un pont de transmission de force.

Ce schéma fonctionne pour beaucoup.
Mais chez certains, il devient source de surcharge.

La douleur ressentie au 40ᵉ ou 60ᵉ kilomètre vient souvent d’un événement bien plus bas… ou bien plus haut.

4. Le vélo fait partie du corps

Le corps du cycliste ne peut pas être séparé de la machine.
Le vélo influence le mouvement autant que le mouvement influence le vélo.

Hauteur de selle, recul, longueur de potence, angle des cales, largeur des pédales, hauteur du cintre…
Chaque élément modifie la manière dont les forces traversent les tissus.

Cette réflexion est inspirée des travaux de Dr Wendy Holliday, experte en biomécanique du cyclisme.
Elle montre comment chaque intention crée une réalité différente :

• puissance

• activation musculaire

• efficacité

• réduction des contraintes

• stabilité du genou

Chaque intention → une posture différente

Chaque posture → une charge différente

Chaque charge → une histoire différente dans le fascia.

5. Mon rôle en tant que praticien corporel

Je ne suis pas kinésithérapeute, ni médecin, ni ostéopathe.
Je suis praticien corporel.

Je lis le corps par le toucher, le souffle, la fascia, le mouvement, les micro-réactions du système nerveux.

Je me souviens d’un de mes premiers cours de massage thaï.
Je travaillais profondément la mobilité des hanches sans connaître les noms exacts des structures sous mes mains.
La personne m’a regardé :
« Javi… il s’est passé quelque chose. »

Ce jour-là, j’ai compris que le corps réagissait à quelque chose de réel — que je devais apprendre l’anatomie pour comprendre ce que je touchais.
Aujourd’hui, avec des cyclistes comme Stéphane, je suis simplement l’histoire que leurs tissus me racontent.

6. Ce que nous avons travaillé durant sa séance

Nous avons suivi le chemin des tissus :

• libération du sacrum
• relâchement de l’iliaque et du psoas
• réactivation de la chaîne fessière
• travail des rotateurs profonds
• allongement du fascia des ischio-jambiers
• libération du fascia thoraco-lombaire
• mobilisations segmentaires
• respiration guidée pour adoucir la défense

Peu à peu : son bassin a bougé autrement, son dos s’est relâché, son souffle est descendu, son système nerveux s’est apaisé.

7. Ce que le travail corporel apporte aux cyclistes

Il ne remplace pas le soin médical.
Mais il offre quelque chose d’unique :

• un fascia plus libre
• une meilleure coordination hanche–bassin–colonne
• moins de tonus protecteur
• une transmission de force plus fluide
• une sécurité perçue plus élevée dans le mouvement

La douleur n’est pas toujours un problème.
Souvent, c’est une tension qui essaie de parler.

8. Quelques repères pour les cyclistes

Votre bas du dos ne “se plaint” pas.
Il communique.
Votre mobilité compte.
Votre souffle compte.
Votre position sur le vélo compte.
Votre fascia compte.
Votre système nerveux compte.

9. La vision derrière BioTouch Method

BioTouch Method est née d’une idée simple :
un toucher peut être intelligent, précis, anatomique et profondément humain.
Chaque séance est une lecture vivante.
Chaque cycliste porte une histoire différente.
Mon rôle est d’aider le corps à la traverser.

10. Invitation

Si votre corps vous parle sur le vélo, je vous invite à découvrir une séance BioTouch Method.
Ce n’est pas une routine.
C’est un moment long, attentif, où votre corps peut retrouver une manière plus fluide d’habiter le mouvement et de rencontrer la machine.

📚 Références

1. Dr Wendy Holliday – Cycling Biomechanics
Chaîne cinétique du cycliste et transmission de force.
YouTube : VIDEO
2. Tom Myers – Anatomy Trains
Chaînes fasciales et continuité du mouvement.
3. Lorimer Moseley & David Butler – Explain Pain
Comprendre la douleur et les réponses protectrices.
4. Carla Stecco – Functional Atlas of the Human Fascial System
Fonction du fascia dans la mobilité.
5. Shimano BikeFitting Institute
Ressources accessibles sur l’influence de la hauteur de selle, des cales, de la potence et de la position du tronc sur les forces transmises dans la chaîne cinétique du cycliste.
6. Fascia Research Group – Robert Schleip
Rôle du fascia dans la régulation tonique.

Inspiration du jour


Carla Stecco

Functional Atlas of the Human Fascial System (2015)

Robert Schleip
Fascia Research Group, Ulm University


« Le fascia n’est jamais passif. Même au repos, il perçoit, répond, ajuste sa tension et module la façon dont le mouvement se propage dans le corps. Chaque glissement, chaque changement de densité, chaque variation de pression est un message silencieux. Lorsque nous travaillons sur le fascia, nous n’étirons pas simplement un tissu : nous dialoguons avec un système sensoriel profondément vivant. »

Javi Molero

Javi Molero

Fondateur de la BioTouch Method®. Massage intégratif, fascia, respiration et massage postural à Bordeaux & Paris. Approche globale corps & souffle.

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