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Et si le secret n’était pas seulement dans le massage?

Par Javi Molero – BioTouch Method®

Quand le souffle guide le toucher : la respiration au cœur de la BioTouch Method®

Dans ma pratique de la BioTouch Method®, la respiration n’est pas un simple accompagnement du massage, elle fait partie intégrante de ma manière de toucher, de mobiliser et d’accompagner le corps. Cette approche s’est construite peu à peu, à la rencontre de plusieurs univers qui ont profondément façonné ma pratique : le massage et le travail corporel, l’étude du mouvement, le yoga et le prāṇāyāma, mais aussi l’observation répétée des réactions du corps au cours de mes séances. Au fil de plusieurs centaines d’accompagnements, j’ai constaté quelque chose qui est devenu central dans ma façon de travailler : lorsqu’un mouvement, une mobilisation ou une pression sont précisément synchronisés avec la respiration, la relation au corps change. Le mouvement peut devenir plus fluide, certaines résistances s’atténuent et, surtout, un état de calme global peut apparaître. Je ne considère pas cela comme une technique destinée à « forcer » le corps à se relâcher, c’est exactement l’inverse : je cherche à créer les conditions dans lesquelles il peut, de lui-même, diminuer ses propres résistances.

Avant de toucher : trouver le rythme et « faire le mort »

Avant même de commencer véritablement la séance, je demande toujours à mes clients de rechercher leur rythme respiratoire idéal. Je ne leur impose pas immédiatement un nombre précis de secondes, il n’y a pas de performance respiratoire à atteindre ni de pression à « bien respirer ». Je cherche d’abord une respiration nasale confortable, fluide, qui pourra ensuite devenir progressivement plus consciente et plus ample. Et j’utilise presque toujours une phrase qui fait rire : « Maintenant, fais le mort. » Ce n’est certainement pas l’expression la plus élégante, mais je la conserve volontairement parce qu’elle produit quelque chose de très particulier. Derrière l’humour se cache une consigne corporelle beaucoup plus profonde : pendant quelques instants, ne cherche plus à m’aider. Ne tiens pas ta jambe pour moi. N’anticipe pas le mouvement. Ne cherche pas la bonne position. Ne corrige rien. Laisse-moi prendre en charge le poids du corps. En réalité, lorsque je dis « fais le mort », je demande au client de renoncer temporairement à une partie du contrôle moteur volontaire. Et cette phrase devient une porte d’entrée vers quelque chose que je recherche beaucoup dans mes séances : le silence intérieur. Pas nécessairement l’absence de pensées… je ne demande pas à quelqu’un de vider son esprit. Je recherche plutôt un moment où la personne n’a plus besoin de commenter intérieurement chaque sensation, d’anticiper chaque geste ou de contrôler chaque déplacement. Respirer, sentir, et laisser faire.

Le souffle comme fil conducteur de la séance

Dans mes séances longues de BioTouch Method®, notamment les protocoles Intégral et Profond de deux à trois heures, je réintroduis le travail respiratoire à différents moments et sur différentes régions du corps. Je guide principalement une respiration nasale, à prédominance diaphragmatique, avec une expansion naturelle de la région abdominale. L’inspiration est volontaire, active, nasale, presque explosive, et relativement courte, tandis que l’expiration devient ensuite beaucoup plus lente, progressive et prolongée. C’est principalement cette longue expiration que j’utilise comme une véritable fenêtre de travail corporel. Pendant qu’elle se déroule, je peux accompagner une flexion de hanche, une ouverture du membre inférieur, une rotation, une extension ou une torsion du tronc, en gagnant l’amplitude au fil de l’expiration, et je peux également approfondir certaines pressions manuelles, degré par degré. La respiration et mes mains ne fonctionnent donc pas séparément, elles travaillent ensemble.

Quand le mouvement rencontre l’expiration

Prenons l’exemple d’un travail autour de la hanche. Le client reste passif, je prends en charge le poids et le déplacement de sa jambe et réalise progressivement différents mouvements de flexion et de rotation. L’inspiration prépare le mouvement, puis vient l’expiration, beaucoup plus longue. Pendant cette expiration, j’accompagne la jambe le long d’une trajectoire circulaire, en observant en permanence la mobilité disponible et les réactions corporelles, puis le cycle recommence. Après plusieurs répétitions, parfois jusqu’à une dizaine de respirations complètes, le mouvement peut devenir plus fluide et l’amplitude disponible évoluer. Je retrouve le même principe dans les torsions assistées du tronc : l’inspiration prépare, l’expiration accompagne la rotation. Lorsque je rencontre une résistance, je ralentis ou je maintiens, si cette résistance diminue naturellement, je peux accompagner quelques degrés supplémentaires. Ce que je cherche, c’est l’amplitude naturelle du corps à cet instant précis. Je ne l’impose pas, je la facilite.

« Le yoga pour les feignants »

Il existe une expression beaucoup moins académique que j’utilise avec humour avec certains clients : « le yoga pour les feignants ». Elle décrit pourtant assez bien une partie de mon travail. Le client ne réalise pas l’āsana, je prends en charge son membre, son poids et une partie de la trajectoire. Je peux l’amener progressivement dans des positions qui rappellent parfois certaines formes du yoga : flexions, ouvertures de hanche, rotations, extensions ou torsions. Il respire pendant que je construis le mouvement autour de lui. Ce « yoga pour les feignants » n’est évidemment pas du yoga au sens traditionnel du terme, c’est ma façon humoristique de décrire un travail de mobilité assistée et passive, dans lequel le client peut explorer le mouvement sans devoir produire lui-même toute l’action musculaire nécessaire. Et derrière cette plaisanterie se trouve aussi une influence beaucoup plus ancienne qui m’inspire profondément : les traditions corporelles du sud de l’Inde, et notamment le Kalaripayattu, art martial traditionnel du Kerala, ainsi que l’univers du Kalari Marma. Le Kalaripayattu est une discipline extrêmement physique, son travail développe mobilité, coordination, amplitude, puissance, précision et contrôle du corps, et son univers entretient également des liens historiques avec des pratiques corporelles et thérapeutiques du Kerala autour des marma, les points vitaux décrits dans différentes traditions indiennes. Je me suis formé au Marma Point Therapy, en Inde, et cette tradition fait aujourd’hui partie intégrante de mon approche. Cette culture du mouvement m’inspire particulièrement dans mon travail avec certains clients réguliers et physiquement préparés. Il y a quelque chose qui me fascine dans ce contraste : utiliser des principes inspirés d’un univers de guerriers et de corps extrêmement entraînés pour permettre à une personne allongée de retrouver progressivement de la mobilité sans avoir à « combattre » son propre corps. Le client ne devient pas un pratiquant de Kalaripayattu pendant ma séance, je ne prétends pas non plus reproduire un enseignement traditionnel du Kalari, j’en reconnais plutôt l’influence dans ma manière personnelle de penser le corps : amplitude, mobilité, respiration, circulation du mouvement et capacité à passer de la puissance au relâchement. Avec mes clients réguliers, lorsque la confiance, la connaissance de leur corps et leur mobilité me le permettent, ce vocabulaire corporel peut devenir plus riche.

La profondeur ne vient pas nécessairement de la force

Cette philosophie influence également ma manière de pratiquer le massage profond. Une pression profonde appliquée brutalement peut provoquer une réaction de protection, le corps peut se contracter précisément au moment où nous cherchons à obtenir son relâchement. Je préfère donc construire la profondeur pas à pas. J’utilise la respiration pour rendre mon intervention prévisible : inspiration, préparation ; expiration, progression lente de la pression. Je ressens sous mes mains comment les tissus et la personne réagissent : si la résistance diminue, je peux progresser, si elle augmente, je ralentis, je maintiens ou je reviens. C’est un principe fondamental de ma pratique : la profondeur est obtenue par adaptation, et non simplement par augmentation de la force. De la même manière, l’expiration ne constitue jamais une autorisation pour dépasser une résistance, elle constitue une fenêtre d’exploration.

Un client qui n’a rien à « réussir »

Une autre particularité de cette approche est que, pendant de nombreuses mobilisations, le client n’effectue pas lui-même le mouvement : c’est moi qui déplace son membre, contrôle sa trajectoire et adapte progressivement son amplitude. Je lui demande essentiellement de respirer et de me laisser prendre en charge le mouvement. Cette passivité est importante. Le client n’a pas simultanément à réfléchir à la trajectoire, produire la force nécessaire, contrôler l’articulation et gérer sa respiration, pourtant son système nerveux continue de recevoir une quantité considérable d’informations provenant du toucher, des muscles, des articulations et du mouvement. Je recherche ainsi une situation dans laquelle il existe beaucoup d’informations sensorielles, mais relativement peu d’effort moteur volontaire. Dans ma pratique, c’est souvent à ce moment que je vois apparaître quelque chose de très intéressant : le client cesse peu à peu de vouloir contrôler chaque mouvement, il se laisse davantage porter. C’est aussi là que ma consigne initiale, « fais le mort », prend tout son sens : elle ne signifie pas devenir absent de son corps, mais au contraire cesser de fabriquer volontairement le mouvement pour pouvoir davantage le ressentir.

Le mouvement passif participe lui aussi à l’expérience

La respiration n’est probablement pas seule responsable de ce que j’observe. Le mouvement lui-même, quand il est passif, devient un stimulus sensoriel puissant. Lorsque je mobilise une jambe ou j’accompagne une torsion, le corps reçoit en continu des informations venues des muscles, des articulations, de la peau, du mouvement lui-même. Certaines études ont d’ailleurs montré que ce type de mobilisation passive peut influencer la respiration et le rythme cardiaque. Mais tout mouvement passif n’a pas le même effet : tout dépend de l’intensité, de l’amplitude, de la vitesse, de la personne, du moment. C’est précisément pourquoi je pense aujourd’hui que l’intérêt de mon approche ne réside pas dans un élément isolé. Il réside dans leur synchronisation : respiration, toucher, mouvement, pression, rythme, perception.

Le système vestibulaire : quand le corps doit aussi savoir où il se trouve

Une autre dimension intervient dans certaines parties de mon travail : le système vestibulaire. Situé dans l’oreille interne et étroitement connecté au cerveau, ce système participe à notre perception de l’orientation de la tête, de l’accélération, de l’équilibre et de notre position dans l’espace. Il fonctionne en permanence en relation avec la vision et la proprioception. C’est d’ailleurs pour cette raison que je demande souvent à mes clients de porter un masque : en retirant les repères visuels, je laisse toute la place aux sensations internes du corps, à la proprioception et au système vestibulaire. Toutes mes mobilisations ne sollicitent évidemment pas le système vestibulaire de la même manière, déplacer uniquement une jambe n’équivaut pas à déplacer la tête ou l’ensemble du corps. En revanche, certaines mobilisations plus globales, changements de position, rotations ou mouvements impliquant la tête et le tronc peuvent produire une stimulation vestibulaire en même temps que des informations proprioceptives et tactiles. Cette distinction est importante pour moi. Lorsque je mobilise une personne, le cerveau ne reçoit pas seulement l’information « un muscle est étiré », il doit continuellement intégrer plusieurs sources d’information pour déterminer où se trouve le corps et comment il se déplace. Toucher, proprioception, mouvement et, lorsque la tête est impliquée, information vestibulaire se rencontrent. Je vois donc certaines séquences de BioTouch non pas comme le travail isolé d’un muscle ou d’une articulation, mais comme une expérience sensorimotrice plus globale.

Une forme de dialogue sensorimoteur

Au cours d’une séance de deux ou trois heures, ce schéma respiratoire peut revenir plusieurs fois : une hanche, puis l’autre ; une mobilisation, une pression profonde, une torsion, une autre région du corps. À chaque fois, le même langage se répète : l’inspiration prépare, l’expiration accompagne. Cette répétition pourrait participer à rendre mon intervention de plus en plus prévisible pour la personne. Je préfère rester prudent : il s’agit ici d’une hypothèse issue de mon expérience de praticien et non d’un mécanisme spécifiquement démontré pour la BioTouch Method®. Mais mon observation est constante : lorsque la personne comprend progressivement qu’elle n’a pas besoin d’anticiper ou de contrôler chacun de mes mouvements, sa relation au toucher et à la mobilisation peut profondément évoluer. C’est là que le massage devient, pour moi, un véritable dialogue sensorimoteur.

L’influence du yoga et du prāṇāyāma

Cette manière de travailler possède également des racines très personnelles. Ma pratique et ma formation en yoga m’ont appris à considérer la respiration non seulement comme une fonction automatique, mais comme un outil permettant de modifier volontairement notre état corporel et attentionnel. Le prāṇāyāma distingue traditionnellement différentes phases du cycle respiratoire : l’inspiration (pūraka), l’expiration (recaka), et différentes formes de rétention (kumbhaka). Je n’ai pas simplement transposé une pratique traditionnelle de prāṇāyāma sur mon futon, au fil de ma pratique, j’ai intégré certains de ses principes à mon travail manuel et les ai adaptés au mouvement passif, aux mobilisations, aux pressions et aux besoins individuels de mes clients. Chez certaines personnes expérimentées, et lorsque le contexte s’y prête, je peux par exemple proposer, après une expiration prolongée (en resserrant légèrement la glotte, l’Ujjayi, le prāṇāyāma le plus connu en yoga, qui facilite l’allongement de l’expiration), une très courte suspension respiratoire confortable. Cette rétention n’est jamais une recherche de performance. Je précise ici, pour éviter toute confusion : je ne cherche surtout pas une activation de la kundalinī, ce n’est ni l’objectif, ni le cadre, ni d’ailleurs quelque chose de possible dans une séance de ce type, ce sujet mériterait un article à part entière que je n’aborde pas ici. Dans mon approche, la rétention reste facultative, courte, confortable et immédiatement interrompue dès que le besoin de respirer devient important.

Et le cortisol ?

Lorsque nous entrons dans un état profond de calme, il est tentant de dire que « le cortisol chute ». Je préfère rester prudent : sans mesure avant et après la séance, je ne peux pas affirmer que le cortisol d’un client a réellement diminué. Ce que je peux dire, c’est ce que j’observe : une sensation de « descente », parfois très rapide, au fil des cycles respiratoires, une détente qui vient sans doute de plusieurs choses à la fois, la respiration qui ralentit, le corps qui se relâche, l’attention qui se pose, plus que d’un seul mécanisme isolé. J’observe aussi des réactions diverses selon les personnes : un effet sonore assez marqué sur le système digestif, caractéristique d’une activation vagale, parfois des frissons, des tremblements, ou encore une forme de somnolence.

Le corps, le souffle et les mains

La BioTouch Method® est née de cette recherche permanente entre expérience et connaissance. Mon objectif n’est pas de demander au corps de céder, il est de créer suffisamment de conditions favorables pour qu’il puisse progressivement diminuer ce qu’il n’a plus besoin de retenir. Le souffle participe à ce processus, le mouvement aussi, le toucher aussi, l’orientation du corps et les informations sensorielles qui accompagnent le mouvement aussi. Et lorsque ces éléments commencent à fonctionner ensemble, quelque chose change souvent dans la séance : la respiration ralentit, le mouvement devient plus disponible, le besoin de contrôle diminue et le toucher peut progressivement devenir plus profond sans nécessairement devenir plus agressif. C’est cette relation que je continue d’explorer dans mon travail. Inspirer pour préparer. Expirer pour accompagner. Ne pas forcer ce que le corps ne donne pas. Et parfois, simplement… « faire le mort » pour retrouver un peu de silence intérieur. Pour moi, c’est là que le souffle cesse simplement d’accompagner le massage, il devient une partie du toucher. Alors non, le secret n’était pas seulement dans le massage. Il était aussi dans le rythme, entre le souffle et le toucher.

Inspiration du jour

« On ne libère pas un corps. On lui donne le temps de se libérer lui-même. »

Javi Molero · fondateur de la BioTouch Method®

Javi Molero

Javi Molero

Fondateur de la BioTouch Method®. Massage intégratif, fascia, respiration et massage postural à Bordeaux Bastide. Approche globale corps & souffle.

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